Cette étude, menée par Anissa Hanafi, Houda Mazhoud, Fraj Chemak, Nicolas Faysse et Fatma Kharroubi,dans le cadre du programme savoirs eco expertise france, analyse le fonctionnement et le degré d’autonomie des organisations féminines de développement, principalement les Groupements de Développement Agricole (GDA), dans le gouvernorat de Siliana.
Depuis les années 2010, la Tunisie a renforcé ses politiques en faveur de l’autonomisation socioéconomique des femmes rurales, notamment à travers la création de GDA féminins. Leur nombre a fortement augmenté, atteignant plus de 160 structures au niveau national. Toutefois, malgré ce développement institutionnel, les femmes restent marginalisées dans les structures mixtes et peu présentes dans les instances de décision.
L’étude repose sur une méthodologie qualitative participative, incluant des entretiens avec les présidentes de neuf GDA actifs en 2023, ainsi qu’un atelier réunissant membres, présidentes et acteurs institutionnels. L’objectif est d’analyser les trajectoires de ces organisations, leurs modes de fonctionnement, les contraintes rencontrées et leur niveau d’autonomie.
Les résultats montrent une grande diversité dans les modes de création des GDA : certains ont été initiés par les institutions publiques, notamment le CRDA, tandis que d’autres sont issus d’initiatives collectives de femmes rurales. Ces groupements exercent des activités variées : agriculture, élevage, apiculture, artisanat, transformation alimentaire et valorisation des plantes aromatiques.
Le fonctionnement des GDA varie également : certains se limitent à un rôle d’intermédiation avec les structures de soutien, tandis que d’autres maîtrisent toute la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation, y compris via les foires, la vente directe et les réseaux sociaux.
Malgré un soutien important des institutions publiques et des partenaires internationaux (formations, équipements, accès aux marchés), les GDA font face à plusieurs contraintes majeures : manque de financement, insuffisance des équipements, difficultés de commercialisation, hausse des coûts et cadre juridique inadapté.
La question de l’autonomie apparaît centrale mais fait l’objet de perceptions divergentes :
- Les présidentes associent l’autonomie à la capacité financière et organisationnelle, qu’elles jugent encore insuffisante.
- Les membres adoptent une vision plus optimiste, valorisant les initiatives et les progrès réalisés.
- Les acteurs institutionnels mettent l’accent sur la capacité des GDA à définir leurs propres objectifs et à mobiliser des ressources.
Plusieurs facteurs influencent cette autonomie : motivation des membres, compétences de gestion, présence de jeunes diplômés, capacité d’innovation et volonté de collaboration. À l’inverse, une dépendance excessive au soutien externe peut fragiliser les organisations.
L’étude souligne également un manque de coordination entre les différents acteurs de soutien et une absence de vision stratégique à long terme centrée sur le renforcement de l’autonomie des organisations féminines.
En conclusion, malgré leur jeunesse, les GDA féminins de Siliana ont démontré une certaine résilience et capacité d’adaptation. Renforcer leur autonomie organisationnelle, plutôt que seulement répondre à leurs besoins immédiats, apparaît comme un levier essentiel pour en faire de véritables acteurs du développement rural durable.
lien: https://savoirseco.tn/wp-content/uploads/2026/01/RapportRechercheVersionFrancaise.pdf





