Business et finances

Colloque FTDJ et d’Expertise France : L’info économique en Tunisie .. beaucoup de bruit, peu d’impact ?

Réseaux sociaux, défiance et désintérêt .. l’alerte sur l’information économique

  • Environ 65 % des Tunisiens suivent l’actualité économique de manière régulière ou occasionnelle
  • Ce taux chute fortement chez les jeunes de 18 à 24 ans pour atteindre moins de 5 %
  • 61 % des Tunisiens s’informent principalement via les réseaux sociaux
  • 34 % des jeunes ne recourent à aucun média traditionnel pour s’informer sur l’économie

Le PointTn-Sofien Rejeb

L’hôtel « Kyriad » à Tunis a abrité, hier matin, un colloque organisé par la Fédération tunisienne des directeurs de journaux dans le cadre du programme « Passerelles Medias », en partenariat avec Expertise France.

Placée sous le thème « De la recherche à l’influence : comment transformer vos travaux en visibilité médiatique et en impact réel », cette rencontre a réuni un large éventail d’acteurs économiques, des dirigeants de médias, des experts du secteur ainsi que des représentants d’Expertise France.

Parmi les travaux présentés lors de la session matinale, une étude réalisée dans le cadre du programme Pamt 2 et présentée par le journaliste Karim Ben Amor a mis en lumière la place de l’information économique et sociale dans les habitudes médiatiques des Tunisiens.

Selon cette étude, ces thématiques occupent la troisième position parmi les centres d’intérêt du public, juste après le sport et la santé. Un classement qui traduit une évolution relative de la conscience collective quant à l’importance des enjeux économiques et sociaux, dans un contexte marqué par des difficultés financières et une pression accrue sur le pouvoir d’achat.

Un intérêt réel… mais inégalement réparti

Les résultats montrent que près de 65 % des Tunisiens suivent l’actualité économique de manière régulière ou occasionnelle. Ce chiffre reflète une prise de conscience croissante des problématiques liées à l’inflation, au chômage, au pouvoir d’achat et aux politiques publiques.

Cependant, cet intérêt demeure très inégal selon les tranches d’âge. Chez les jeunes de 18 à 24 ans, la proportion chute drastiquement à moins de 5 %, révélant une fracture préoccupante en matière de culture économique au sein d’une catégorie pourtant stratégique pour l’avenir du pays.

Domination des réseaux sociaux et recul des médias traditionnels

En ce qui concerne les sources d’information, l’étude indique que 61 % des répondants s’appuient principalement sur les réseaux sociaux pour accéder à l’information économique et sociale.

À l’inverse, les médias traditionnels — presse écrite, radio et télévision — enregistrent un recul notable. Chez les 18-24 ans, 34 % déclarent ne recourir à aucun média classique, ce qui confirme un basculement profond des usages médiatiques, mais soulève également des interrogations quant à la fiabilité et à la qualité des contenus consommés.

Une crise de confiance dans les contenus médiatiques

L’étude met également en évidence une crise de confiance marquée entre le public et les médias :

70 % des Tunisiens se disent insatisfaits du contenu médiatique proposé

87 % estiment que les sujets traités ne reflètent pas leur réalité quotidienne

64 % jugent le traitement de l’information complexe et peu accessible

Ces chiffres illustrent un décalage profond entre les attentes des citoyens et l’offre médiatique, notamment en raison de l’usage d’un langage technique peu vulgarisé.

L’essor de  » l’influenceur économique « 

Par ailleurs, environ 15 % des Tunisiens déclarent suivre des influenceurs spécialisés dans les domaines économique ou social sur les réseaux sociaux, une tendance appelée à se renforcer avec la montée du contenu numérique rapide et accessible.

Ce phénomène traduit un déplacement progressif de la confiance vers des acteurs individuels, avec des avantages en matière de vulgarisation, mais aussi des risques liés à la désinformation.

Lecture des résultats : quels enseignements ?

Trois constats majeurs se dégagent :

Un intérêt réel pour les questions économiques, mais insuffisamment exploité sur le plan médiatique

Un décalage manifeste entre les médias et leur public, tant sur le fond que sur la forme

Une transition rapide vers le numérique, particulièrement marquée chez les jeunes

Quelles solutions pour réformer le paysage médiatique ?

Pour répondre à ces défis, l’étude et plusieurs experts proposent des pistes concrètes :

  1. Simplifier l’information économique

Adopter un langage clair et accessible

Illustrer avec des exemples concrets du quotidien (prix, crédits, salaires…)

  1. Développer le contenu numérique

Miser sur les formats courts (vidéos, infographies)

Renforcer la présence sur des plateformes comme Facebook et TikTok

  1. Cibler les jeunes publics

Produire des contenus adaptés aux 18-24 ans

Intégrer l’éducation économique dans les programmes scolaires

  1. Restaurer la confiance

Améliorer la qualité de l’analyse

Éviter le discours élitiste

Développer le journalisme explicatif

  1. Encadrer le rôle des influenceurs

Encourager les collaborations entre journalistes et créateurs de contenu

Mettre en place des standards garantissant la fiabilité des contenus économiques

Au terme des échanges autour de cette étude, un constat s’impose : le véritable défi en Tunisie ne réside pas uniquement dans la production de l’information économique, mais surtout dans sa manière d’être transmise.

Entre un public intéressé mais insatisfait et une jeunesse largement déconnectée de ces contenus, la transformation du discours médiatique apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour former des citoyens mieux informés, capables de comprendre les mutations économiques qui influencent leur quotidien.

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