Les 18 et 19 juin 2026, Tunis a accueilli un séminaire international organisé par l’Unité médico-judiciaire « Injed » de l’hôpital Charles Nicolle, sous l’égide du ministère de la Santé et en partenariat avec le projet Sila. Cette rencontre a constitué une étape déterminante dans l’élaboration d’un protocole national de prise en charge médico-légale et psychologique des victimes de violences sexuelles, destiné à harmoniser les pratiques sur l’ensemble du territoire tunisien.
Fruit d’un processus participatif engagé depuis 2024, ce protocole a été élaboré grâce à la contribution de médecins légistes, de psychologues et de spécialistes de plusieurs disciplines médicales, notamment en infectiologie, dermatologie, gynécologie et médecine d’urgence. Ce travail a également associé les services de sécurité, les structures de protection de l’enfance ainsi que les organisations de la société civile, dans une démarche multidisciplinaire visant à renforcer la qualité de l’accompagnement offert aux victimes.
L’ambition de ce dispositif est de garantir une prise en charge uniforme, efficace et respectueuse des droits des victimes, tout en alignant les pratiques tunisiennes sur les standards internationaux. Il marque une évolution importante dans l’approche médico-légale des violences sexuelles. Jusqu’à présent, l’intervention des professionnels était essentiellement centrée sur la collecte des preuves et les besoins de la procédure judiciaire. Le nouveau protocole adopte une vision plus globale, conciliant les impératifs médico-légaux avec une prise en charge humaine fondée sur le respect de la dignité, la confidentialité et la non-discrimination.
À cette occasion, le chef du service de médecine légale de l’hôpital Charles Nicolle, le Dr Mohamed Allouche, a souligné que ce protocole constitue une avancée majeure dans la protection des victimes de violences sexuelles. Selon lui, il permettra d’assurer une meilleure coordination entre les différents intervenants, de garantir la continuité du parcours de prise en charge et de réduire les risques de revictimisation souvent liés à la répétition des démarches médicales, psychologiques et judiciaires.
Le séminaire a réuni un large éventail d’acteurs concernés par cette problématique : médecins légistes, psychologues, unités spécialisées de la police et de la garde nationale, délégués à la protection de l’enfance, universitaires et représentants d’organisations de la société civile. Les travaux ont également bénéficié de la participation d’experts internationaux venus de Belgique, d’Espagne, de France, du Maroc et de Suisse, qui ont partagé leurs expériences et les bonnes pratiques développées dans leurs pays respectifs.
La rencontre a par ailleurs été marquée par l’intervention de Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes et les filles, qui a présenté une analyse des défis internationaux liés à la prise en charge des violences sexuelles et à la protection des victimes.
Les recommandations formulées au cours de ces deux journées viendront enrichir la version finale du protocole avant son processus de validation et sa mise en œuvre. Cette initiative s’inscrit dans le renforcement de l’application de la loi tunisienne n° 58 de 2017 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes et traduit la volonté des autorités de consolider un système de prise en charge plus intégré, plus humain et davantage centré sur les besoins des victimes.




