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Le tabagisme au Maghreb : des experts appellent à une stratégie régionale pour faire face à un risque sanitaire et économique croissant

Le Point – Par Sofien Rejeb

À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, la plateforme Med.tn, spécialisée dans la mise en relation des patients avec les médecins et les services de santé numériques, a organisé une conférence de presse maghrébine intitulée « Le tabagisme au Maghreb : débats autour d’un défi commun ». Cette rencontre a réuni un panel de médecins et d’experts de Tunisie, d’Algérie et de Libye afin d’examiner la réalité de la consommation du tabac dans la région et les moyens de limiter ses conséquences sanitaires et économiques.

Cette rencontre a constitué une occasion d’échanger les expériences entre les pays du Maghreb et de mettre en lumière les défis communs auxquels sont confrontés les systèmes de santé publique, dans un contexte marqué par la persistance de taux élevés de tabagisme, notamment chez les jeunes et les adolescents, ainsi que par la propagation croissante des cigarettes électroniques et des nouveaux produits du tabac.

Un fléau qui dépasse les frontières nationales

Selon l’ensemble des intervenants, le tabagisme n’est plus une simple pratique individuelle ni un problème de santé isolé. Il est devenu une question publique, voire mondiale, dont les répercussions touchent la santé publique, l’économie et le développement social dans l’ensemble des pays de la région.

Lors de la première table ronde, le Dr Zhaker Lahidheb, spécialiste en cardiologie et maladies vasculaires, a souligné que la lutte contre le tabagisme devait figurer parmi les priorités nationales et régionales. Selon lui, investir dans la prévention constitue l’un des investissements les plus rentables pour les systèmes de santé. Il a rappelé que le tabac est responsable d’une part importante des maladies cardiovasculaires, des accidents vasculaires cérébraux et des complications artérielles qui mobilisent d’importantes ressources médicales et financières.

Pour sa part, le Dr Habib Jaafoura, spécialiste en oto-rhino-laryngologie (ORL), a évoqué lors de la deuxième session les effets directs du tabagisme sur les voies respiratoires supérieures. Il a mis en évidence son lien avec plusieurs pathologies graves, notamment les cancers du larynx, de la bouche et du pharynx, ainsi que les troubles de la voix et les inflammations chroniques qui altèrent la qualité de vie.

Des défis similaires en Libye, en Tunisie et en Algérie

Le Dr Hassan Misrati, spécialiste des maladies respiratoires en Libye, a indiqué que les pays du Maghreb font face à des problématiques similaires : facilité d’accès aux produits du tabac, faible sensibilisation aux risques sanitaires dans certaines catégories de la population et pression croissante sur les établissements hospitaliers en raison des maladies respiratoires chroniques liées au tabagisme. Il a appelé au renforcement des programmes de prévention et de dépistage précoce, jugés plus efficaces et moins coûteux que les traitements administrés après l’apparition des complications.

De son côté, le Dr Hachem Belkhir a insisté sur la nécessité de développer des mécanismes de coopération entre les pays de la région afin de favoriser l’échange d’expertises et la mise en place de programmes de sensibilisation communs ciblant particulièrement les jeunes et les adolescents, considérés comme les plus vulnérables à l’adoption précoce de cette habitude.

Depuis l’Algérie, la professeure Souad Bouaoud, spécialiste en épidémiologie, a mis l’accent sur le rôle central des données scientifiques dans l’élaboration des politiques de santé. Selon elle, toute stratégie de lutte contre le tabagisme ne peut réussir sans des données précises permettant de comprendre l’évolution du phénomène et les modes de consommation du tabac au sein des sociétés maghrébines. Elle a souligné que le renforcement des études de terrain et de la recherche épidémiologique constitue une condition essentielle pour orienter les décisions sanitaires et mettre en œuvre des programmes d’intervention plus efficaces et mieux adaptés aux réalités locales.

La professeure Meriem Abdoun a, quant à elle, insisté sur l’importance des établissements scolaires et universitaires dans les efforts de prévention. Elle a estimé que l’école et l’université représentent la première ligne de défense contre la propagation du tabagisme parmi les jeunes générations.

Un coût économique considérable

Les discussions ne se sont pas limitées aux aspects sanitaires ; elles ont également porté sur les charges économiques croissantes engendrées par la consommation de tabac. Les participants ont souligné que les maladies liées au tabagisme constituent l’une des principales sources de pression sur les budgets de la santé publique et les caisses de sécurité sociale dans les pays de la région.

Ces coûts comprennent les dépenses liées aux soins, aux médicaments et aux hospitalisations, mais aussi les pertes indirectes dues à la baisse de la productivité professionnelle, aux départs précoces à la retraite et aux décès survenant durant la période d’activité économique.

Les experts en santé et en économie estiment que les recettes fiscales générées par la vente des cigarettes ne reflètent pas le coût réel du tabagisme, lequel demeure largement supérieur lorsqu’on tient compte de ses effets sanitaires, sociaux et économiques à long terme.

Vers une approche maghrébine commune

La conférence s’est conclue par un appel à renforcer la coordination entre les pays du Maghreb dans les domaines de la sensibilisation, de la recherche scientifique et de la législation sanitaire. Les participants ont également recommandé de développer les programmes d’aide au sevrage tabagique et d’intensifier les campagnes de prévention destinées aux jeunes.

Ils ont plaidé pour l’adoption des meilleures pratiques internationales et d’une approche globale combinant prévention, éducation et traitement, partant du constat que la lutte contre le tabagisme n’est plus seulement une politique de santé publique, mais un choix stratégique visant à protéger le capital humain et à assurer un développement durable dans la région maghrébine.

Alors que le tabagisme continue de faire des millions de victimes chaque année à travers le monde, le véritable défi, selon les intervenants, consiste à construire une nouvelle culture sociale faisant de l’abstinence tabagique un comportement collectif soutenu par la sensibilisation, la législation et des politiques publiques efficaces.

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