LePointTn- Sofien rejeb
Liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, protection des infrastructures énergétiques saoudiennes, soutien à la solution à deux États et réforme du fonctionnement du Conseil de sécurité : Paris intensifie son activité diplomatique sur plusieurs fronts.
La France poursuit une intense activité diplomatique au Moyen-Orient et au sein des Nations unies, alors que les tensions régionales se multiplient et que les crises de Gaza, de la mer Rouge et du détroit d’Ormuz restent au cœur des préoccupations internationales.
Selon des sources diplomatiques françaises, Paris souhaite travailler avec les États-Unis et ses partenaires à l’élaboration d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies visant à garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Cette initiative s’inscrit dans une mobilisation internationale plus large en faveur de la sécurité de la navigation maritime dans cette zone stratégique.
Ormuz : Paris veut garantir la liberté de navigation
La France entend privilégier une approche multilatérale, associant les États-Unis et plusieurs partenaires, afin de créer un cadre international permettant de garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Paris insiste sur la dimension défensive de cette démarche et sur la nécessité de préserver les voies maritimes internationales.
Le détroit constitue en effet un passage stratégique pour le commerce mondial et les exportations énergétiques de plusieurs pays du Golfe. Toute perturbation durable de la navigation y aurait des conséquences importantes sur les marchés de l’énergie et sur les chaînes d’approvisionnement internationales.
Arabie saoudite : une contribution française strictement défensive
Sur le front saoudien, des sources diplomatiques indiquent également que la France est prête à contribuer à la sécurisation de certaines infrastructures énergétiques du Royaume, notamment celles de Yanbu et du corridor Est-Ouest.
Paris précise toutefois que cette contribution serait strictement défensive.
Il ne s’agirait donc pas, selon la position française présentée aux partenaires, de participer au conflit opposant les autorités yéménites aux Houthis, mais de contribuer à la protection des infrastructures et à la sécurité énergétique de l’Arabie saoudite.
Cette distinction entre protection des infrastructures et participation aux opérations militaires constitue un élément central de la position française.
Londres rejoint l’initiative franco-mexicaine sur le droit de veto
Sur un autre dossier, la France poursuit son initiative avec le Mexique visant à limiter l’utilisation du droit de veto au Conseil de sécurité dans les situations d’atrocités de masse.
Le Royaume-Uni vient de rejoindre cette initiative et devient, le 128e État à soutenir cet engagement politique.
L’objectif n’est pas de supprimer juridiquement le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, mais d’obtenir un engagement politique volontaire visant à ne pas l’utiliser dans les situations de génocide, de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre à grande échelle.
L’adhésion britannique donne une dimension supplémentaire à cette initiative, puisque Londres, comme Paris, est membre permanent du Conseil de sécurité.
Palestine : une politique française articulée autour de quatre axes
La question palestinienne constitue l’autre grand volet de l’action diplomatique française.
Depuis la date du 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi dans la bande de Gaza, Paris affirme avoir développé son action autour de quatre axes : diplomatique, humanitaire, multilatéral et normatif.
La France met notamment en avant son rôle dans les initiatives internationales en faveur de la solution à deux États, son soutien humanitaire aux populations palestiniennes, son action au Conseil de sécurité et son opposition à la colonisation israélienne.
Cette politique a connu une évolution majeure avec la reconnaissance officielle de l’État de Palestine par la France en septembre 2025.
Paris présente cette décision comme un moyen de relancer la perspective politique d’une solution fondée sur la coexistence de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.
La conférence de New York et la déclaration sur la solution à deux États
La France a également joué un rôle central, avec l’Arabie saoudite, dans la conférence internationale consacrée à la mise en œuvre de la solution à deux États.
Les travaux ont abouti à l’adoption, par l’Assemblée générale des Nations unies, de la Déclaration de New York, soutenue par 142 États.
Pour Paris, ce texte constitue une feuille de route destinée à traiter simultanément la situation à Gaza et en Cisjordanie et à définir les conditions politiques nécessaires à la création d’un État palestinien.
La France insiste également sur l’exigence du désarmement du Hamas et sur son exclusion de toute gouvernance future de Gaza, tout en affirmant que la sécurité d’Israël doit être garantie.
Une pression accrue sur la colonisation
La politique française à l’égard de la colonisation israélienne s’est également durcie.
Paris rappelle régulièrement que les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés sont contraires au droit international et considère leur développement comme un obstacle majeur à la création d’un État palestinien viable.
La France a ainsi adopté des sanctions contre des colons impliqués dans des violences contre des Palestiniens et soutenu plusieurs mesures européennes visant des individus et entités liés à l’extrémisme violent en Cisjordanie.
Le 8 septembre 2026, Paris a en outre annoncé des mesures visant les produits issus des colonies israéliennes, dans le cadre d’une initiative associant plusieurs États européens ainsi que le Royaume-Uni et le Canada.
Cette évolution traduit, selon la diplomatie française, le passage d’une politique essentiellement fondée sur la condamnation politique de la colonisation à des mesures économiques et commerciales plus concrètes.
Le dossier E1 au cœur des préoccupations françaises
Le projet E1, situé à l’est de Jérusalem, constitue l’un des principaux sujets de préoccupation de Paris.
Les autorités françaises considèrent que son développement risque de compromettre la continuité territoriale de la Cisjordanie et de rendre plus difficile la création d’un État palestinien viable.
La France s’est associée en février 2026 à plusieurs pays pour condamner les décisions israéliennes relatives à l’extension des implantations en Cisjordanie, notamment le projet E1.
Paris demande également le transfert à l’Autorité palestinienne des recettes fiscales qui lui sont dues conformément aux accords existants.
Un effort humanitaire revendiqué par Paris
La diplomatie française insiste parallèlement sur l’importance de l’aide humanitaire apportée depuis le début de la guerre.
Paris a consacré plusieurs centaines de millions d’euros à l’aide humanitaire destinée à la population palestinienne depuis 2023.
La France affirme également avoir acheminé des centaines de tonnes de matériel humanitaire via l’Égypte et la Jordanie, participé à des opérations de largage avec la Jordanie et contribué à l’évacuation et à la prise en charge médicale de patients palestiniens, notamment des enfants.
Le porte-hélicoptères amphibie français Dixmude, déployé au large d’Al-Arich en Égypte entre novembre 2023 et janvier 2024, avait notamment accueilli des blessés de Gaza et permis la réalisation de nombreuses consultations et interventions chirurgicales.
Le soutien français à l’UNRWA constitue également un volet important de cette politique, Paris affirmant à la fois son attachement au rôle de l’agence et la nécessité de renforcer ses mécanismes de contrôle et de neutralité.





