
Introduction
Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, l’Iran se retrouve au cœur d’un enchevêtrement complexe de crises : manifestations populaires, sanctions internationales, dossier nucléaire et recomposition des rapports de force au Moyen-Orient. La position de la France, souvent présentée comme équilibrée et diplomatique, suscite néanmoins de nombreuses interrogations quant à sa cohérence stratégique, son autonomie réelle vis-à-vis de Washington et sa capacité à anticiper les conséquences d’une escalade incontrôlée.
Dans cet entretien exclusif, le journaliste et analyste politique Olivier D’Auzon décrypte les choix de Paris face à la crise iranienne, les risques d’un affrontement à grande échelle et les limites du rôle européen dans un monde de plus en plus dominé par la logique de la puissance.
Sur les sanctions et le risque d’escalade, Il faut arrêter l’hypocrisie. La France ne sanctionne pas par idéologie, elle sanctionne parce que l’Iran viole ses engagements. Point. Les sanctions ne sont pas une fin, ce sont un moyen. Le seul moyen, aujourd’hui, d’éviter la guerre.
Quant au risque humanitaire, la responsabilité est claire : si Téhéran quitte l’AIEA, ce sera un choix politique iranien. Pas français. Pas européen. On ne peut pas à la fois tricher sur le nucléaire et exiger l’impunité au nom de la peur du chaos.
Iran, Venezuela : y a-t-il un lien ?
Les relations comme celles entre l’Iran et le Venezuela s’inscrivent dans une logique de coopération entre pays sanctionnés ou hostiles à l’hégémonie américaine.
Il s’inscrit comme un symptôme de la diffraction du monde en blocs concurrents, où des régimes opposés aux États‑Unis renforcent leur solidarité politique, économique et stratégique.
Le programme nucléaire iranien est-il pacifique ?`
Le programme nucléaire iranien ne peut être présenté comme purement pacifique. Téhéran développe à la fois des capacités civiles et des leviers stratégiques puissants, qui renforcent sa position régionale et internationale. L’ombre de la menace militaire latente plane, même si l’Iran n’a pas franchi la ligne d’une arme opérationnelle. Ce n’est pas seulement une question de technologie, c’est une question de stratégie : le nucléaire est devenu un instrument de négociation et de puissance
Une intervention militaire est-elle envisageable ?
Une intervention militaire contre l’Iran est hautement risquée et improbable pour l’instant. Il souligne que toute attaque américaine ou israélienne pourrait provoquer un effet domino régional, déstabilisant le Moyen-Orient bien au-delà de l’objectif initial. La France et l’Europe n’aurait aucun intérêt à s’y engager directement, leur rôle restant diplomatique et de médiation. « Personne ne veut la guerre mondiale, mais chacun prend des décisions qui la rendent possible », illustrant la fragilité de tout calcul militaire…
Le régime iranien peut-il tomber ?
Il est fragilisé, clairement. Les manifestations actuelles sont plus profondes que celles de 2019 ou 2020. Elles visent le cœur du système, pas seulement les conditions de vie.
Mais croire à une chute imminente serait une illusion occidentale de plus.
Les régimes idéologiques tombent rarement sous la pression extérieure. Et encore moins sous les tweets indignés.
La France soutient le peuple iranien. Sans s’ingérer. Sans fantasmer.
La France et l’Europe sont-elles indépendantes des États-Unis ?
Le conflit en Ukraine est né d’un enchaînement de décisions mal anticipées, où chaque camp avance « à l’aveugle », prisonnier de ses postures et de ses dogmes.
La guerre d’Ukraine est moins un accident qu’un révélateur : celui du basculement d’un monde post-occidental. L’illusion d’un ordre international régi par le droit et les valeurs se heurte brutalement au retour de la puissance, des rapports de force et des blocs. Dans ce contexte, l’Europe apparaît comme le maillon faible, riche mais stratégiquement dépendant, moral mais militairement vulnérable.
On pourrait s’interroger sue l’absence de débat sur les objectifs réels de la guerre, ses lignes rouges et ses issues possibles. Le soutien à l’Ukraine devient une fin en soi, sans réflexion sur les risques d’escalade entre puissances nucléaires.
A force de refuser de penser les conséquences ultimes de ses choix, l’Occident pourrait être entraîné dans une spirale qu’il ne maîtrise plus.





