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Macron, Abdallah II et Joseph Aoun à Paris : la France veut renforcer la souveraineté du Liban et préparer l’après-FINUL

LePointTn-Sofien Rejeb

Le président français Emmanuel Macron reçoit ce jeudi à Paris le roi Abdallah II de Jordanie et le président libanais Joseph Aoun, dans une séquence diplomatique consacrée à la sécurité du Liban et, plus largement, à la stabilité du Moyen-Orient. La rencontre intervient alors que la situation dans le sud du Liban demeure fragile et que se profile le retrait de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).

Au cœur des discussions figure le renforcement des Forces armées libanaises (FAL), considérées par Paris comme un acteur central du rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. Les trois dirigeants doivent notamment ouvrir une réunion d’experts militaires de haut niveau dans le cadre du processus d’Aqaba, destinée à examiner les besoins des forces libanaises en matière de formation, d’équipements, de renseignement et d’accompagnement opérationnel.

L’objectif affiché par Paris est de consolider la souveraineté libanaise et de permettre à l’État de reprendre progressivement le contrôle de la sécurité nationale, notamment le monopole de l’usage de la force.

Le Liban au centre de la stratégie française

Emmanuel Macron doit d’abord s’entretenir avec Joseph Aoun afin de réaffirmer l’engagement français auprès du Liban. Paris estime que le renforcement des institutions libanaises et des forces régulières constitue une condition essentielle pour éviter un nouveau cycle d’affrontements et permettre au pays de retrouver une pleine maîtrise de son territoire.

Cette orientation s’inscrit dans une ligne diplomatique déjà affirmée par la France. En juin, Emmanuel Macron avait indiqué que le soutien aux institutions libanaises devait notamment permettre aux forces armées de rétablir leur autorité sur l’ensemble du territoire et de mettre en œuvre le principe du monopole étatique des armes.

La France a également affirmé, avec l’Arabie saoudite, son soutien au renforcement des institutions libanaises, à la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et au désarmement des groupes armés non étatiques, tout en appelant au retrait israélien de l’ensemble du territoire libanais.

L’après-FINUL, une équation particulièrement sensible

La réunion de Paris intervient surtout à quelques mois d’une échéance majeure : le retrait prévu de la FINUL à partir de janvier 2027.

Selon Reuters, les responsables militaires et diplomatiques réunis à Paris examinent différentes options pour éviter qu’un vide sécuritaire ne se crée dans le sud du Liban. Parmi les pistes évoquées figurent une présence internationale ou européenne ainsi qu’un dispositif destiné à accompagner les forces libanaises par la formation, l’équipement, le renseignement et le conseil.

Cette question est particulièrement sensible pour les populations du Sud. La FINUL, présente au Liban depuis 1978 et considérablement renforcée après la guerre de 2006, joue aujourd’hui un rôle important dans la surveillance de la situation et dans le maintien d’un canal de communication entre les différentes parties.

Son départ intervient cependant dans un contexte profondément dégradé. Des tensions persistent entre Israël et le Hezbollah, malgré le cadre de cessez-le-feu soutenu par les États-Unis. Des frappes israéliennes ont encore été signalées dans le sud du Liban au cours des dernières semaines.

Jordanie : un partenaire clé dans la gestion des crises régionales

La présence du roi Abdallah II donne à la réunion une dimension régionale supplémentaire.

La Jordanie occupe une position particulière dans les équilibres du Proche-Orient. Le royaume est directement exposé aux conséquences des crises qui affectent la Syrie, la Palestine, Israël, le Liban et l’Irak. Amman entretient par ailleurs des relations étroites avec plusieurs partenaires occidentaux et arabes et joue régulièrement un rôle d’intermédiaire dans les initiatives diplomatiques régionales.

Emmanuel Macron doit discuter avec le souverain jordanien du soutien français à la sécurité et à la stabilité de la Jordanie, mais également de la coordination franco-jordanienne face aux crises régionales.

Le choix de réunir à Paris les dirigeants français, libanais et jordanien traduit ainsi une volonté de relier la question libanaise aux équilibres régionaux plus larges, plutôt que de traiter la crise du Liban comme un dossier isolé.

Une dimension militaire, mais aussi diplomatique

Derrière la réunion militaire se dessine une question politique fondamentale : comment permettre à l’État libanais de restaurer son autorité sans provoquer une nouvelle confrontation intérieure ou régionale ?

La France défend depuis plusieurs mois une approche reposant sur plusieurs éléments : renforcer les institutions libanaises, accroître les capacités de l’armée, restaurer progressivement le contrôle de l’État sur le territoire, soutenir la mise en œuvre des engagements de sécurité et favoriser un règlement politique.

Paris et Berlin avaient déjà affirmé en juillet leur volonté de soutenir le monopole des forces armées libanaises sur l’usage de la force, ainsi que les efforts visant à restaurer la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban. Les deux pays avaient également commencé à réfléchir à la période suivant le départ de la FINUL.

La France et l’Italie avaient, de leur côté, évoqué la possibilité d’une mission européenne de politique de sécurité et de défense au Liban à l’automne 2026 et la préparation d’une coalition internationale destinée à accompagner le pays après le départ de la FINUL.

Une rencontre qui dépasse les frontières du Liban

La réunion de Paris intervient également alors que des discussions indirectes entre Israël et le Liban cherchent à consolider un cadre de sécurité le long de leur frontière. Ces discussions, soutenues par Washington, restent toutefois fragiles et plusieurs questions territoriales et sécuritaires demeurent en suspens.

Dans ce contexte, le rôle de la France consiste moins à se substituer aux mécanismes de négociation existants qu’à chercher à construire un environnement régional et international permettant à l’État libanais de reprendre progressivement ses responsabilités sécuritaires.

La question est d’autant plus délicate que tout dispositif de sécurité au Liban devra composer avec plusieurs acteurs : les autorités libanaises, Israël, le Hezbollah, les États-Unis, les Nations unies, les pays européens et plusieurs États arabes.

Pourquoi la stabilité du Moyen-Orient concerne directement la France

Pour Paris, la politique moyen-orientale n’est pas uniquement une question de diplomatie ou de sécurité internationale.

La stabilité du Liban et de la région a des conséquences directes sur les échanges commerciaux, les routes maritimes, les approvisionnements énergétiques et, par conséquent, sur les économies européennes.

La multiplication des crises au Moyen-Orient a déjà montré la vulnérabilité des grandes routes commerciales et énergétiques. Les perturbations du détroit d’Ormuz, par exemple, ont contribué à réorienter une partie des flux commerciaux vers d’autres itinéraires, donnant notamment au port jordanien d’Aqaba une importance accrue pour le transit régional.

Pour la France, réduire les risques d’escalade au Moyen-Orient revient donc également à réduire l’exposition de son économie aux chocs géopolitiques, notamment ceux susceptibles d’affecter l’énergie, les transports et les chaînes d’approvisionnement.

Paris cherche à préserver un rôle dans le nouvel équilibre régional

La rencontre entre Emmanuel Macron, Abdallah II et Joseph Aoun intervient finalement à un moment où les équilibres diplomatiques au Moyen-Orient sont en pleine recomposition.

Pour le président libanais, le défi est de renforcer l’État et ses institutions tout en évitant que la question des armes et de la sécurité ne débouche sur une nouvelle confrontation.

Pour la Jordanie, il s’agit de préserver sa stabilité dans un environnement régional particulièrement instable.

Pour la France, l’enjeu est double : contribuer à la consolidation de la souveraineté libanaise et maintenir une capacité d’influence dans un Moyen-Orient où les rapports de force sont de plus en plus complexes.

La réunion de Paris ne devrait donc pas être considérée comme une simple rencontre diplomatique. Elle constitue aussi une étape dans la réflexion internationale sur le dispositif de sécurité qui pourrait accompagner le Liban après la FINUL, tout en donnant à la France l’occasion de défendre une approche fondée sur le renforcement de l’État libanais et de ses forces armées.

L’issue de cette démarche dépendra toutefois de la capacité des acteurs libanais et régionaux à transformer les engagements diplomatiques en mécanismes concrets, dans un environnement où les tensions militaires restent élevées.

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