culture

Dialogue des civilisations// À Tunis, l’Iran raconte sa vision de la civilisation islamique

Les idées voyagent parfois plus loin que les frontières. Elles traversent les langues, franchissent les géographies et continuent de façonner les imaginaires collectifs. À Tunis, une rencontre intellectuelle organisée par le Centre culturel iranien a offert l’occasion de revisiter une vision particulière de la civilisation islamique, à travers l’héritage politique et spirituel de l’Imam Rouhollah Khomeiny et de l’Ayatollah Ali Khamenei.

Plus qu’une simple commémoration, cette rencontre s’est voulue un espace de réflexion sur la place de la pensée dans la construction des nations, sur le rôle des valeurs dans la résistance aux crises contemporaines et sur les liens qui unissent culture, spiritualité et destin collectif.

Devant un public composé d’universitaires, de chercheurs et d’intellectuels tunisiens, les intervenants ont développé une lecture de la civilisation islamique fondée sur deux notions centrales : l’identité et l’action. Une civilisation ne se limite pas à son héritage. Elle se nourrit également de sa capacité à transformer les épreuves en force créatrice et à faire de l’histoire un levier pour l’avenir.

Dans son intervention, le conseiller culturel de l’ambassade de la République islamique d’Iran en Tunisie, Jaafar Mirwarid, a insisté sur la nécessité de préserver une identité culturelle forte dans un monde marqué par l’uniformisation. Selon lui, les défis auxquels sont confrontées les sociétés contemporaines peuvent devenir des opportunités de renouvellement, à condition qu’ils soient accompagnés d’une vision porteuse de sens. Il a développé une réflexion autour de la notion d’« épopée », présentée non comme un simple récit héroïque du passé, mais comme une manière d’habiter le présent et de donner une signification aux engagements individuels et collectifs.

Cette philosophie, a-t-il expliqué, invite l’être humain à dépasser le fatalisme et à considérer les épreuves comme des occasions de croissance spirituelle et morale. Une approche qui place la volonté, la responsabilité et la conscience au cœur de la construction civilisationnelle.

L’ambassadeur de la République islamique d’Iran en Tunisie, Mir Massoud Houssainian, a pour sa part évoqué la portée historique de la Révolution islamique de 1979 et son influence durable sur plusieurs générations. Il a présenté l’Imam Khomeiny comme une figure ayant profondément marqué l’histoire contemporaine de l’Iran, en insufflant à son peuple la conviction de sa capacité à construire son propre destin.

Évoquant également la continuité de cette pensée à travers le parcours de l’Ayatollah Ali Khamenei, il a souligné l’importance de la résistance culturelle et politique face aux défis contemporains. Selon lui, la conscience des peuples demeure l’un des remparts les plus solides contre les divisions et les tentatives d’effacement des identités.

Les débats ont également porté sur la place de la pensée religieuse dans l’organisation de l’État et sur les fondements théoriques de la gouvernance dans l’expérience iranienne. L’historien Mohamed Rassafi Mokdad  a présenté une lecture de la doctrine de la Wilayat al-Faqih, qu’il considère comme l’un des piliers intellectuels du système politique iranien.

Au-delà des divergences d’interprétation que ce concept peut susciter dans le monde musulman, son intervention a permis d’ouvrir une réflexion plus large sur les rapports entre autorité, légitimité et responsabilité dans les sociétés contemporaines.

À travers cette rencontre, c’est finalement la question de la civilisation qui a occupé le devant de la scène. Qu’est-ce qui fait la force d’une nation ? Son économie ? Sa puissance militaire ? Ou sa capacité à produire du sens, à transmettre des valeurs et à préserver sa mémoire collective ?

Autant d’interrogations qui ont nourri les échanges et rappelé que la culture demeure l’un des terrains privilégiés du dialogue entre les peuples.

À l’heure où le monde traverse de profondes mutations géopolitiques, ces espaces de discussion témoignent de la volonté de maintenir ouverts les chemins de la pensée. Car les civilisations ne se rencontrent véritablement que lorsqu’elles acceptent de se raconter, de s’écouter et de réfléchir ensemble à l’avenir qu’elles souhaitent construire.

Mona Ben Gamra

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page