Par Sofien Rejeb
L’industrie des composants automobiles en Tunisie ne se résume plus aux seuls chiffres des exportations ou de l’emploi. Elle s’inscrit désormais dans une dynamique portée par l’innovation, la digitalisation, la recherche et développement ainsi que les technologies intelligentes. Cette évolution a été au cœur de la quatrième édition de la Journée de l’innovation dans l’industrie automobile 2026, qui a réuni à Tunis responsables publics, industriels, investisseurs, experts et partenaires internationaux autour des perspectives d’avenir de l’un des secteurs les plus performants de l’économie tunisienne.
Un secteur stratégique générant plusieurs milliards d’euros
Le secteur des équipements et composants automobiles constitue aujourd’hui l’un des principaux piliers de l’industrie exportatrice tunisienne. Ses exportations annuelles sont estimées entre 3,5 et 3,9 milliards d’euros, ce qui en fait l’une des premières sources de devises pour le pays.
Le secteur regroupe près de 300 entreprises industrielles et emploie plus de 120 000 personnes en 2026, contre environ 80 000 en 2018, illustrant une croissance particulièrement soutenue au cours des dernières années.
Cette progression s’explique notamment par l’intégration croissante de la Tunisie dans les chaînes d’approvisionnement européennes, avec l’Allemagne, la France et l’Italie comme principaux marchés de destination. La proximité géographique du pays et la qualité de ses compétences techniques constituent des atouts majeurs dans cette dynamique.
Monter dans la chaîne de valeur
Intervenant lors de cette quatrième édition, le directeur général des industries manufacturières au ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fathi Sehlaoui, a souligné que le secteur fait face à d’importants défis technologiques dans un contexte de mutation accélérée de l’industrie automobile mondiale vers les véhicules intelligents et connectés.
Selon lui, ces transformations représentent également une opportunité pour la Tunisie de dépasser le stade de la simple sous-traitance industrielle et d’accéder à des segments à plus forte valeur ajoutée au sein de la chaîne de production mondiale.
L’enjeu consiste désormais à renforcer les capacités nationales dans les domaines des logiciels embarqués, de l’électronique industrielle, de l’intelligence artificielle, des systèmes intelligents, des capteurs et des technologies liées à la mobilité du futur.
Le capital humain, principal avantage compétitif
Parmi les messages forts de cette rencontre figure l’importance du capital humain dans le développement du secteur.
Les universités et écoles d’ingénieurs tunisiennes forment chaque année des milliers de diplômés dans les spécialités de la mécatronique, de l’électronique, des télécommunications, de l’ingénierie mécanique et du développement logiciel, des compétences particulièrement recherchées par les grands constructeurs et équipementiers automobiles.
Cette richesse en ressources humaines qualifiées constitue aujourd’hui l’un des principaux arguments de la Tunisie pour attirer de nouveaux investissements internationaux dans les industries technologiques.
Le virage de l’électromobilité
La transition mondiale vers les véhicules électriques a occupé une place centrale dans les débats.
Avec le renforcement des normes environnementales européennes et la progression rapide du marché des véhicules électriques, les constructeurs recherchent des fournisseurs capables de produire des composants technologiques avancés répondant aux nouvelles exigences de l’industrie.
La présidente de l’Association tunisienne de l’industrie des composants automobiles, Mariem Loumi, a souligné que les composants fabriqués en Tunisie sont désormais présents dans une large gamme de véhicules électriques commercialisés en Europe. Elle a affirmé qu’« il n’existe pratiquement pas de véhicule électrique en Europe sans composants produits en Tunisie », une déclaration qui illustre la place croissante du pays dans l’écosystème automobile européen.
L’Allemagne, partenaire privilégié
L’ambassadrice d’Allemagne en Tunisie, Elisabeth Wolbers, a rappelé que près de 37 % des exportations tunisiennes de composants automobiles sont destinées au marché allemand.
L’Allemagne demeure ainsi le premier partenaire du secteur et l’un des principaux investisseurs industriels du pays. Les entreprises allemandes ont contribué à la création de milliers d’emplois et au transfert de technologies vers la Tunisie.
Il n’est donc pas surprenant que cette manifestation ait été organisée en partenariat avec la Chambre tuniso-allemande de l’industrie et du commerce, l’Association tunisienne de l’industrie des composants automobiles et l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ).
Innovation, digitalisation et développement durable
Cette quatrième édition a mis l’accent sur les grandes tendances qui façonnent l’avenir de l’industrie automobile mondiale :
- la transformation numérique des usines ;
- l’intelligence artificielle appliquée à la production ;
- la recherche et développement ;
- l’industrie verte et la réduction de l’empreinte carbone ;
- les véhicules intelligents et connectés ;
- les chaînes logistiques digitalisées ;
- les innovations technologiques et environnementales.
Ces thématiques montrent que la compétitivité industrielle repose désormais autant sur l’innovation et la maîtrise technologique que sur les coûts de production.
Des défis à relever
Malgré ses performances remarquables, le secteur doit encore faire face à plusieurs défis :
- une concurrence internationale accrue ;
- l’accélération des mutations technologiques ;
- le besoin de renforcer les investissements en recherche et développement ;
- l’amélioration des infrastructures logistiques ;
- le développement des infrastructures énergétiques et numériques ;
- le renforcement des liens entre universités, centres de recherche et industrie.
La réussite de cette montée en gamme nécessitera également des politiques publiques capables de soutenir davantage l’innovation industrielle et l’émergence de projets technologiques à forte valeur ajoutée.
L’ambition d’un hub régional
Les indicateurs actuels montrent que la Tunisie ne se contente plus d’être une plateforme de production à coûts compétitifs. Elle aspire progressivement à devenir un véritable hub régional de technologies industrielles liées aux véhicules électriques, intelligents et connectés.
Le défi des prochaines années sera de transformer les compétences accumulées et l’expérience industrielle du pays en capacités d’innovation, de recherche et de développement capables de produire non seulement des composants, mais également de la technologie et du savoir-faire.
À l’heure où l’industrie automobile mondiale connaît une révolution sans précédent, la Tunisie dispose d’une opportunité historique pour renforcer sa position dans les chaînes de valeur internationales et faire de ce secteur l’un des principaux moteurs de croissance, d’emploi et d’exportation de son économie.










