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Tabagisme : « La réduction des risques est un enjeu de santé publique », plaide le Dr Amen Allah Messaadi

À l’heure où les maladies liées au tabac continuent de peser lourdement sur les systèmes de santé, le débat autour des alternatives sans combustion gagne du terrain. À l’occasion de Technovation 2026, organisé le 24 juin à Rabat par PMI, le Dr Amen Allah Messaadi revient sur les défis que pose encore le tabagisme en Tunisie, les avancées scientifiques dans le domaine de la réduction des risques et l’urgence de développer une recherche locale capable d’éclairer les politiques de santé publique.

Un lourd fardeau sanitaire et économique

En Tunisie, le tabagisme demeure l’un des principaux facteurs de risque de maladies chroniques. Derrière les chiffres de mortalité et de morbidité se cache également un coût économique considérable. Pour le Dr Amen Allah Messaadi, les conséquences du tabac dépassent largement la sphère individuelle.

« Le traitement des cancers et des maladies liées au tabac représente une charge importante pour notre système de santé. Le danger est double : il menace directement la santé des personnes tout en pesant lourdement sur les dépenses publiques consacrées aux soins », explique-t-il.

Cette réalité conforte le tabagisme comme un véritable enjeu de santé publique, appelant des réponses qui combinent prévention, accompagnement au sevrage et innovation.

Comprendre ce qui rend la cigarette si dangereuse

Les progrès de la recherche ont profondément modifié la compréhension des mécanismes responsables des maladies liées au tabac. Selon le spécialiste, il est désormais clairement établi que la principale source de toxicité provient de la combustion.

« Il est essentiel de distinguer la nicotine, principalement responsable de la dépendance, des milliers de substances toxiques générées par la combustion du tabac, qui sont à l’origine de la majorité des cancers et des maladies cardiovasculaires ou respiratoires. »

C’est précisément cette distinction scientifique qui a conduit au développement de produits sans combustion, conçus pour limiter l’exposition des fumeurs aux composés les plus nocifs.

Une réduction des risques, pas une absence de risques

Le développement de ces nouvelles alternatives continue d’alimenter les débats au sein de la communauté scientifique. Pour le Dr Messaadi, ces interrogations sont légitimes, mais les connaissances disponibles se sont considérablement renforcées au cours de la dernière décennie.

Il cite notamment les expériences conduites dans plusieurs pays, en particulier la Suède, où le recours à des alternatives sans combustion s’est accompagné d’une baisse significative de certaines pathologies liées au tabac.

« En médecine, le risque zéro n’existe pratiquement jamais. En revanche, lorsque l’on supprime les substances responsables de 80 à 90 % des dommages liés au tabagisme, le bénéfice potentiel devient considérable. »

Le médecin rappelle néanmoins que ces produits ne constituent ni une solution miracle ni un produit destiné aux non-fumeurs.

« La meilleure décision reste toujours de ne pas fumer ou d’arrêter complètement. Mais pour les fumeurs qui, malgré plusieurs tentatives, n’arrivent pas à arrêter, une stratégie de réduction des risques peut représenter une approche pragmatique. »

Produire une science adaptée aux réalités africaines

Au-delà de la question du tabac, le Dr Messaadi insiste sur un enjeu plus large : celui de la souveraineté scientifique.

Selon lui, les politiques de santé publique ne peuvent s’appuyer uniquement sur des études réalisées dans d’autres régions du monde. La Tunisie et les pays africains doivent produire leurs propres données scientifiques afin de mieux comprendre les spécificités épidémiologiques de leurs populations.

Le spécialiste prend l’exemple du diabète, particulièrement répandu dans la région.

« Beaucoup de patients diabétiques continuent malheureusement à fumer. Or le tabac réduit l’oxygénation des tissus et favorise les complications, notamment le pied diabétique. Nous avons besoin d’études réalisées sur nos propres patients afin de mesurer précisément ces impacts. »

Les défis de la recherche

Contrairement à certaines idées reçues, le cadre réglementaire tunisien ne constitue pas un obstacle majeur à la recherche clinique.

Pour le Dr Messaadi, les difficultés sont avant tout d’ordre humain et financier.

« Il faut une véritable volonté, des équipes scientifiques structurées et des financements suffisants. Sans ces trois piliers, il est difficile de développer une recherche capable d’accompagner les grandes évolutions de la médecine. »

Il rappelle être engagé, avec plusieurs associations scientifiques africaines, dans différents projets de recherche consacrés notamment aux complications du diabète, un domaine où les besoins restent considérables.

Prévenir, accompagner et former

En conclusion, le Dr Amen Allah Messaadi adresse un triple message.

Le premier est destiné aux jeunes : ne jamais commencer à fumer.

Le deuxième concerne les fumeurs actuels : l’arrêt complet demeure l’objectif prioritaire, mais des solutions existent pour accompagner ceux qui ne parviennent pas à se sevrer et réduire, autant que possible, leur exposition aux substances les plus dangereuses.

Enfin, il appelle les professionnels de santé à renforcer leur formation sur le tabac, la nicotine et les approches de réduction des risques.

« Notre priorité doit toujours être le sevrage. Mais lorsqu’un patient n’arrive pas à arrêter malgré plusieurs tentatives, il est indispensable que les médecins connaissent toutes les options disponibles afin de proposer un accompagnement fondé sur les données scientifiques les plus récentes. »

À ses yeux, la lutte contre le tabagisme entre aujourd’hui dans une nouvelle phase : celle où la prévention reste essentielle, mais où la réduction des risques s’impose également comme un levier complémentaire pour protéger les fumeurs qui ne réussissent pas à abandonner la cigarette.

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