
Tunis a accueilli récemment la conférence internationale « Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : une coopération régionale pour une transition verte », coorganisée par MedWaves (Centre d’Activités Régionales pour la Consommation et la Production Durables du PNUE/PAM) et le CITET (Centre International des Technologies de l’Environnement de Tunis) dans le cadre du programme de soutien aux entreprises durables. Pendant deux jours, décideurs publics, experts, organisations d’appui aux entreprises (OSE) et entrepreneurs issus de huit pays de la région sud-méditerranéenne ont confronté leurs expériences et posé les bases d’une coopération régionale renforcée en faveur de l’économie verte et circulaire.
Les OSE au cœur de la transition durable
Les débats ont mis en évidence le rôle stratégique des organisations d’appui aux entreprises dans la transformation des modèles économiques. Pour Mme Kmaira Ben Jannet, Directrice générale du CITET, « les défis environnementaux et sociaux en Méditerranée du Sud imposent une rupture avec les modèles classiques. La transition vers l’économie circulaire représente une opportunité unique pour stimuler l’innovation et renforcer la compétitivité territoriale ». Elle a souligné que le succès de cette transition repose sur le renforcement des capacités des OSE et leur mise en réseau à l’échelle régionale.
Des mesures concrètes pour une mise en œuvre opérationnelle
Afin de traduire les orientations stratégiques en actions tangibles, le ministère de l’Environnement a annoncé le déploiement, en 2025, de deux leviers structurants.
Le premier est financier, avec la mise en place imminente d’une ligne de crédit de 20 millions de dinars tunisiens via le Fonds de dépollution (FODEP). Ce dispositif, géré en partenariat avec le ministère des Finances et les banques locales, proposera des prêts à taux préférentiels destinés aux jeunes promoteurs ainsi qu’aux entreprises en création ou en extension, opérant dans les secteurs de l’économie verte, circulaire et bleue. La signature et le lancement officiels de cette ligne sont attendus dans les prochains jours.
Le second levier concerne le renforcement des compétences, à travers un programme de formation ciblé visant à améliorer l’employabilité de 100 jeunes diplômés en recherche d’emploi. Les actions de formation porteront notamment sur des domaines clés tels que l’agriculture durable, les énergies renouvelables et la gestion des déchets, afin de doter les bénéficiaires de compétences directement mobilisables au service de la transition écologique.
Un Manifeste pour structurer la coopération régionale
Point d’orgue de la conférence, l’adoption du Manifeste méditerranéen de coopération qui engage désormais les acteurs régionaux autour de dix axes d’action, allant de l’innovation durable à la mobilisation financière, en passant par l’inclusion, le plaidoyer politique et le partage des connaissances.
Ce texte fondateur vise à faire de l’entrepreneuriat durable une norme économique en Méditerranée du Sud.
A propos du Manifeste méditerranéen :
Le Manifeste méditerranéen a été adopté à l’issue de la conférence de Tunis. Fruit d’un travail collaboratif intense, ce texte engage désormais les acteurs régionaux autour de 10 points d’action concrets :
1-Innovation et valeur durable : adopter des méthodes innovantes (éco-conception, éco-innovation, économie circulaire) pour maximiser la valeur environnementale et sociale tout en minimisant les impacts négatifs. Cela inclut la promotion de relations de travail équitables et d’une gouvernance participative.
2-Expertise interne : développer continuellement les capacités et l’expertise des structures pour mieux accompagner les entrepreneurs vers la durabilité.
3-Inclusion et équité : garantir que la transition soit juste en offrant un soutien prioritaire aux femmes, aux jeunes et aux communautés marginalisées, afin que personne ne soit exclu de l’économie circulaire.
4-Transparence et impact : mettre en place des systèmes robustes de suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage pour mesurer et rapporter de manière transparente les impacts réels des initiatives.
5-Partage de connaissances : échanger librement les ressources et expériences et rendre ces apprentissages accessibles au public pour accélérer le progrès collectif en Méditerranée.
6-Action collective et réseautage : coordonner les activités et lancer des initiatives conjointes aux niveaux national et régional avec toutes les organisations partageant ces valeurs pour amplifier l’impact.
7-Accès au marché : stimuler d’une façon collaborative la demande pour les produits et services durables tout en sensibilisant les consommateurs pour remettre en question les pratiques non durables.
8-Mobilisation financière : engager les acteurs de la finance pour orienter les subventions, les prêts et les capitaux vers les entreprises circulaires.
9-Sensibilisation globale : diffuser largement les connaissances sur les modèles d’affaires durables pour en faire la nouvelle norme économique.
10-Plaidoyer politique : lutter collectivement pour des cadres réglementaires favorables, créant des conditions de concurrence équitables permettant aux entreprises vertes à prospérer et à sanctionner les pratiques polluantes.




